Les ETF, pour les nuls?

Le 16 janvier 2018, par Bastien Demange

Introduction

Les ETF (Exchange trade funds) ou trackers en français sont devenus en moins de vingt ans l’un des types de véhicules d’investissement les plus appréciés des investisseurs, tant particuliers qu’institutionnels. En effet, ces placements sont très simples et leur accès et relativement aisé. Même si ce n’est pas toujours le cas, les ETF ont généralement vocation à suivre les fluctuations d’un groupe d’actifs cotés en bourse. Par exemple, il existe un ETF qui reproduit les variations du CAC 40. Si vous investissez dans cet ETF, votre placement variera donc comme le CAC 40, à la hausse comme à la baisse.

L’intérêt de ces produits est donc évident, et leur multiplication ces dernières années permet désormais d’investir sur de très nombreuses catégories d’actifs. Je vous propose donc de découvrir ce que sont les ETF, comment ils fonctionnent et comment ils peuvent être utilisés.

Rappel sur les fonds d’investissement

Un fonds d’investissement est un organisme de placement collectif de valeurs mobilières (OPCVM) revêtant l’apparence d’une société, mais ne disposant pas, dans l’immense majorité des cas, de la personne morale. Un fonds d’investissement peut être ouvert ou fermé, ce qui signifie respectivement que l’on peut y investir ou non. Un fonds d’investissement ouvert aura donc un capital variable, alors qu’un fonds fermé aura un capital fixe. Je parle ici du capital au sens des capitaux propres d’un point de vue comptable, puisqu’un fond, en tant que société, possède un bilan avec son actif, son passif et les sous-parties correspondantes.

Le fonds va donc regrouper les capitaux de plusieurs investisseurs souhaitant investir dans les mêmes actifs financiers, puis placer ces capitaux sur les marchés financiers pour obtenir en contrepartie les actifs en question. Les investisseurs pourront par la suite bénéficier de l’usufruit de ces actifs, c’est-à-dire en tirer des profits, ou au contraire contribuer aux pertes du fonds.

Classiquement, les investisseurs souhaitant investir dans un fonds d’investissement vont contacter la société de gestion qui gère le fonds (Lyxor par exemple) et demander à entrer dans le capital du fonds, c’est-à-dire à en acheter des parts sociales. Ces parts ont un coût qui est calculé périodiquement par le dépositaire, le valorisateur et la société de gestion du fonds. La valeur d’une part est appelée la valeur liquidative (VL) ou NAV en anglais. La VL dépend de la valeur de l’actif du fonds, qui est obtenue en multipliant la valeur de chaque actif détenu par le fonds par le nombre d’actifs en question possédés par le fonds. L’investisseur va alors acheter des parts au prix établi lors du calcul de la VL, et la société de gestion va placer ces nouvelles liquidités du fonds apportées par ledit investisseur sur les actifs financiers que le fonds est destiné à détenir.

A l’inverse d’une société traditionnelle, le capital-actions d’un fonds standard est variable, du moins tant qu’il est ouvert. Cela signifie que lorsqu’un investisseur placera des liquidités dans les fonds, la société de gestion du fonds en question émettra de nouvelles parts, qui seront facturées, au choix (de la société de gestion), au prix de la dernière ou de la prochaine VL.

 

Les ETF, des fonds, mais un peu particuliers

Un ETF étant un fonds, vous l’aurez compris, il a lui aussi une stratégie d’investissement préétablie (catégorie d’actifs financiers, pondération des actifs, …) à laquelle il ne peut déroger, et détient des actifs financiers. Il possède donc une VL, et cette VL est sensée, comme pour un fonds classique, représenter l’évolution de la valeur de l’actif de l’ETF.

L’ETF à la particularité d’être coté en bourse. Cela signifie que les parts sociales de l’ETF peuvent être échangées par les porteurs à tout moment lorsque le marché financier sur lequel l’ETF est coté est ouvert. L’ETF est donc de facto un fonds ouvert, puisque l’on peut librement s’échanger des parts de ce fonds, et que donc tout le monde peut y investir.

Le fait que l’ETF soit coté en bourse induit des complexités quant à sa valeur d’échange. En effet, le prix d’échange d’un ETF doit théoriquement être égal à celui de sa VL. Le problème est que la VL dépend du prix des actifs détenus par le fonds, alors que son cours d’échange, lui, dépend de l’offre et de la demande de l’ETF sur le marché.

Dans la pratique, ces deux valeurs ne sont pas toujours exactement les mêmes, et cela donne lieu à des stratégies d’arbitrage de la part de certains acteurs. Par exemple, dans les cas où l’ETF cote sous la VL, il sera intéressant de l’acheter, puisque la valeur intrinsèque de ce que vous obtiendrez est supérieure aux prix que vous allez payer pour l’obtenir.

Afin d’éviter les dérives, Euronext, en France, peut, conformément aux règles fixées par l’AMF, suspendre la cotation d’un ETF dont le cours dévierait de plus de 1,5% de sa VL. Pour répondre à cet enjeu, les sociétés de gestion d’ETF font appel à des market makers, qui sont des opérateurs disposant d’un grand nombre des actifs sous-jacents à l’ETF ainsi que d’importantes liquidités. Ces opérateurs vont donc pouvoir entrer au capital de l’ETF en y injectant les actifs sous-jacents, ce qui se traduira par une émission de nouvelles parts. Cela aura pour effet d’intensifier l’offre de parts sur le marché, et donc fera mécaniquement baisser le cours de l’ETF. A l’inverse, dans le cas où l’ETF coterait trop bas, le market maker sera en mesure de récupérer certains des actifs qu’il a engagé dans le fonds afin de faire disparaître des parts et ainsi de retendre l’offre. Le système est tellement bien rodé qu’il est désormais très difficile de faire de l’arbitrage sur les ETF.

 

L’intérêt des ETF

Alors c’est bien beau me direz-vous, mais qu’est-ce que ça apporte qu’un fonds soit coté en bourse ? Et bien les ETF permettent aux investisseurs de simplifier leurs investissements, pour deux raisons principales. La première est qu’il est extrêmement facile d’entrer dans le capital d’un ETF, ce qui n’est pas vraiment le cas, ou en tout cas beaucoup moins, pour les fonds standards. La seconde est que l’ETF va vous permettre d’avoir du capital évoluant en fonction de plusieurs actifs financiers que vous n’auriez probablement jamais pu tous obtenir, et dans des proportions différentes de la réalité.

Je vais expliquer plus clairement ce second point grâce à un exemple. Imaginons que vous pensiez que l’indice du CAC 40 est promis à de très belles hausses dans l’année à venir. Vous souhaiteriez donc investir du capital sur le CAC 40 afin que vos deniers reproduisent ces hausses. Le hic, c’est que vous allez avoir bien du mal à vous constituer un portefeuille d’actions CAC 40. En effet, il vous faudrait pour cela obtenir une très grande quantité d’actions, et faire de longs calculs. Pourquoi ? Le CAC 40 est un indice qui varie en fonction des fluctuations des 40 plus grosses capitalisations boursières françaises. Mais les fluctuations des chacune de ces entreprises n’ont pas toutes le même impact : ce dernier est en fait pondéré par la part que la capitalisation boursière d’une de ces compagnies représente dans la somme totale de la capitalisation boursière du CAC 40.

Donc déjà, vous avez un problème, parce que vous devez pour vous constituer votre portefeuille regarder la part relative que chaque compagnie représente dans le CAC. Mais vous n’êtes pas encore arrivé : il vous faut maintenant vous débrouiller pour reproduire cette pondération en ayant des sociétés dont les actions sont toutes cotés à des valeurs très différentes. Entre un CA à 20€ et un LVMH à 300€, vous n’êtes pas au bout de vos peines.

Finalement, pour vous constituer vous-même un portefeuille CAC 40, il vous faudra pas mal de temps, et surtout énormément d’argent… L’ETF, lui, est déjà organisé de façon à répondre à ce problème, et ses parts peuvent s’échanger pour des sommes très modiques. Il existe par exemple un ETF CAC 40 qui s’échange aux alentours de 50€. Donc même si vous n’êtes pas Crésus, vous pourrez investir un pécule qui évoluera au gré des hausses et des baisses du CAC 40. Et vous aurez même droit aux dividendes.

C’est donc un excellent moyen de vous diversifier efficacement et simplement, aux dépens de votre performance toutefois.

A l’inverse, l’autre grand avantage de l’ETF est qu’il vous permet d’investir sur un secteur donné sans avoir à faire de recherches au préalable. Par exemple, vous pourriez avoir un ETF qui vous permettrait de reproduire la performance pondérée des 10 plus grosses compagnies productrices de pétrole.

Par ailleurs, il est généralement bien moins cher d’entrer au capital d’un ETF qu’au capital d’un fonds traditionnel, parce que vous ne payez pas de frais à la société de gestion. Les seuls frais que vous payez sont ceux de votre courtier, qu’il faudra donc bien choisir si vous décidez d‘investir dans un ETF.

Les désavantages des ETF

Le premier est qu’un ETF ne constitue pas un investissement dynamique, et vous ne pouvez pas choisir de vous séparer de l’une ou l’autres des actions sous-jacentes. Soit vous gardez l’ETF, soit vous vous en séparez. Pas vraiment de place pour l’analyse et la stratégie avec les ETF, mais il s’agit bien d’un suivi passif d’un indice de référence.

L’autre problème des ETF est plus un problème d’intérêt général. Le fait est qu’avec le développement des ETF, les investisseurs ont tendance à moins faire de choix entre les compagnies, et à choisir des blocs de compagnies. Cela revient à mettre toutes les compagnies dans le même panier, un peu comme s’il y avait une corrélation forte entre elles. La conséquence de cela est que l’on voit de plus en plus souvent des journées où les cours de toutes les compagnies d’un même indice vont évoluer de la même façon, avec plus ou moins de force dans le mouvement. L’autre conséquence est qu’on peut se demander si la popularité grandissante des ETF ne va pas peu à peu réduire – probablement faiblement, mais quand même – l’efficacité du marché à donner la bonne valeur pour une action.

 

Conclusion

L’ETF est un produit assez simple tant dans sa gestion que dans son fonctionnement, du point de vue de l’investisseur. C’est donc un excellent moyen d’investir de façon diversifiée et contrôlée à un prix très abordable, quel que soit votre type de bourse. Même si l’on peut lui reprocher d’être souvent un frein à la performance, on peut quand même comprendre qu’il soit plébiscité, puisqu’aujourd’hui bien rares sont les investisseurs arrivant à surperformer le marché. Alors plutôt que passer des heures à analyser les marchés pour finalement sous-performer, pourquoi ne pas prendre un bon ETF ? Quand on sait que depuis sa création en 1987 le CAC 40 a rapporté plus de 6% annuels en moyenne, cela semble finalement plutôt intéressant en termes de récompense face à un effort minime.

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