L’investissement socialement responsable : un concept méconnu

Dans la finance, n’y a-t-il vraiment pas de place pour autre chose que le profit, la rentabilité et le gain ? Pour beaucoup, la réponse parait évidente… Et pourtant, depuis maintenant plusieurs années, un concept commence à prendre de l’ampleur et pourrait totalement transformer la vision que la plupart des gens ont de ce monde : l’Investissement Socialement Responsable (ISR). Mais ce concept est encore ignoré par une grande majorité…

Un peu d’histoire…

Ce concept n’est pas aussi récent qu’on pourrait le croire. En effet, il est né au XVIIIe siècle en Grande Bretagne avec le mouvement religieux Quaker qui s’opposait activement à l’esclavage, à la piraterie, et plus généralement à toute forme de violence. Dans une logique d’égalité et de respect de l’autre, ces dissidents de l’Eglise anglicane se refusaient à investir dans des activités « moralement et socialement » inacceptables.

En France, le concept d’ISR commence à se développer dans les années 1980 avec l’action du Comité Catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) qui créa un OPCVM favorisant la création d’entreprises dans les pays du tiers monde en investissant une partie de ses gains dedans. Ce groupe n’a pas hésité à investir dans de nombreuses sociétés françaises comme Axa ou Casino qui prônaient une démarche « respectueuse de la place de l’homme » dans la société.

Ce mouvement révèle ce qu’est réellement l’ISR : un investissement rentable dans des sociétés sélectionnées grâce aux trois piliers du développement durable (écologique, économique et social) et ayant un but moins financier.

Aujourd’hui, l’ISR a trouvé ses défenseurs en la personne de Muhammad Yunus, père du microcrédit, et de Danyelle Guyatt, professeure à l’université de Bath. Il a même été consacré en 2006 par l’ONU qui l’a inscrit dans le Pacte Mondial (initiative incitant les grandes entreprises à adopter une attitude plus responsable).

Le fonctionnement de l’ISR

Le point de départ d’une analyse ISR est finalement assez proche du point de départ d’une analyse financière classique : l’analyste va commencer par se constituer une grille d’étude d’entreprise. Néanmoins, ce dernier ne va pas uniquement choisir des critères financiers afin d’évaluer une firme ; il va aussi choisir des éléments liés au développement durable. Il réalise avant tout une analyse dite « extra financière » de l’entreprise. La rentabilité reste un critère essentiel.

L’analyste ISR a pour but d’évaluer les pratiques des entreprises portant sur les enjeux Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG). Il s’appuie sur les documents publiés par les firmes, par les syndicats mais aussi par les agences gouvernementales pour affiner son analyse et finalement recommander ou non aux investisseurs de placer leur argent dans cette compagnie.

Un des critères les plus utilisés par les analystes ISR est l’empreinte carbone. Il n’existe pas, à l’heure actuelle, d’autre critère pour jauger l’impact qu’a une firme sur son environnement, mais des chercheurs du monde entier se mobilisent pour élaborer un ou plusieurs nouveaux indicateurs.

Les formes de l’ISR

Aujourd’hui, il existe au moins quatre grandes formes d’ISR : la sélection ESG, forme classique de l’ISR en France que nous venons de présenter, l’exclusion, l’approche thématique et l’engagement actionnarial.

L’exclusion ou approche « exclusive » est une méthode d’ISR qui est né avec ce concept au XVIIIe siècle. L’investisseur choisit d’exclure de son portefeuille d’actions des secteurs entiers comme l’industrie du tabac, de l’alcool ou encore de la pornographie. Il raisonne donc de manière sectorielle sans vraiment avoir de critères dans le but de ne posséder que des actions de sociétés responsables. Les critères financiers conservent donc, ici, toute leur importance. Cette méthode est principalement appliquée par les fonds ISR anglo-saxons.

L’approche thématique est une approche dérivée de la sélection ESG. Les fonds ne vont choisir uniquement des entreprises agissant dans un secteur précis ou favorisant certaines pratiques. Ils investissent donc dans des domaines en lien direct avec le développement durable (secteur de l’énergie renouvelable, du retraitement des déchets…) en s’appuyant sur une grille ESG.

Enfin, il existe une quatrième et dernière approche de l’ISR nommée engagement actionnarial. Cette dernière consiste à un dialogue entre les actionnaires et les dirigeants de l’entreprise. Les propriétaires vont demander aux directeurs de la firme de mettre en place certaines mesures plus responsables ou d’arrêter certaines activités. S’ils s’y refusent, les actionnaires exerceront leur droit de veto et bloqueront les décisions des dirigeants.

Utopie ou réelle efficacité ?

Beaucoup de financiers ne raisonnent que par les chiffres et oublient tout le reste… Comment leur en vouloir ? Cette mentalité est indissociable de la sphère financière. Alors, il ne reste plus qu’à leur démontrer les bienfaits de l’ISR par les chiffres pour qu’ils prennent pleinement conscience du potentiel de cette activité et de son caractère essentiel pour préserver notre monde.

En 2016, le fonds européen Aviva Valeurs Responsables a assuré avoir réalisé une performance exceptionnelle pour un fond ISR : une augmentation de la valeur de son portefeuille de 42,06% en 5 ans seulement. Il s’agit d’une performance presque inespérée pour un fond de ce type. Enormément de fonds ISR ont des performances supérieures à 30% sur 5 ans.

Autre chiffre marquant, entre 2014 et 2015, la valeur des encours comptabilisés sous la bannière ISR ont augmenté de 29%. Leur valeur s’établissait alors à 746 milliards de dollars.

Des secteurs comme celui de la gestion à thèmes environnementaux et sociaux ont vu leurs cours exploser et atteindre des niveaux inespérés. Par exemple, en 2015, le secteur précédemment cité a vu son encours multiplié par 55%.

Ainsi, l’ISR semble vraiment être efficace et surtout rentable. Mais il ne faut pas se voiler la face, les performances des fonds ISR restent largement inférieures à celle des géants traditionnels comme BlackRock ou Amundi. Cependant, les performances des différents acteurs du monde de l’ISR continuent de croître et le monde financier commence à entrevoir l’intérêt de ce type d’investissement, porteur d’avenir.

La sphère financière s’adapte

En 2014, Bloomberg a signé un partenariat avec Sustainalytics dans le but de proposer des services d’analyses extra-financières et de noter les différentes firmes selon des critères ESG. Cela a marqué un virage majeur dans le monde de l’investissement ISR : un grand acteur de la finance a vu l’intérêt d’une telle démarche. Plus tard, S&P et Moody’s, deux mastodontes des agences de notation, lui ont emboité le pas en décidant d’inclure progressivement les critères ESG dans leur rating financier.

Aussi, de nouveaux acteurs financiers comme les assurances ou même certains fonds d’investissement ont décidé d’adopter une démarche plus responsable. Par exemple, Allianz a lancé, au début des années 2000, son fonds Allianz Valeurs Durables investissant uniquement de manière responsable.

Comment parler de l’ISR sans parler de l’apport essentiel de la Grameen Bank (« Banque des villages ») de Muhammad Yunus ? Cette banque, créée au Bangladesh en 1976, travaille avec plus de 50 000 villages et essaye d’aider les plus pauvres qui n’ont pas accès au marché bancaire à développer leur activité en leur offrant la possibilité d’obtenir un microcrédit. Ce domaine d’activité reste néanmoins un domaine très particulier de l’ISR et il serait réducteur, comme beaucoup le font, de le limiter à cela…

Pour une finance durable

L’investissement socialement responsable est porteur d’avenir, il changera, à long terme, la finance et la vision que tout le monde en a. Mais à l’heure actuelle, beaucoup de financiers ne sont quasiment concentrés que sur le court terme et ne se préoccupent pas des générations futures et de l’héritage qu’il leur sera laissé. Une question persiste donc : comment faire prendre conscience au monde de l’importance, presque vitale, de l’ISR ?

 

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