La compétitivité des pays: quels outils et quelles préconisations en matière de politiques économiques et industrielles ?

Il existe une grande variété d’outils pour mesurer la compétitivité d’un pays. Cependant, ces différents outils n’aboutissent pas aux mêmes résultats en ce qui concerne les préconisations de politique économique et industrielle. Si l’on compare les mesures de compétitivité-prix et de compétitivité-hors prix, les préconisations divergent fortement.

La compétitivité-prix pose comme base de la compétitivité le prix des exportations du pays. Les exportations du pays sont d’autant plus attractives pour les partenaires économiques que leurs prix sont bas. Dans cette logique, la politique économique pour relancer la compétitivité du pays s’appuie sur une baisse des coûts de production, qui peut passer par une baisse des coûts du travail et une flexibilisation du marché du travail. Ces politiques permettent de relancer les exportations et donc de réduire les déficits des balances des transactions courantes. Néanmoins, la baisse de la rémunération des travailleurs et la flexibilisation du marché du travail pèse sur les salariés, surtout sur les jeunes et les moins qualifiés. Ce type de politique mène ainsi au renforcement de la dualité du marché du travail entre indsiders et outsiders.

A l’inverse, la compétitivité-hors prix pose comme base de la compétitivité la qualité des produits et services exportés. Le prix est ici relayé au second plan dans les critères de choix des consommateurs, la qualité étant le principal critère utilisé par les consommateurs dans leur choix d’achat. Si on prend cet outil de mesure de la compétitivité, il en ressort que les coûts de production, et plus précisément les coûts du travail, sont de moindre importance. Ce qui compte, plus que les coûts du travail, c’est la qualité des produits aux yeux des consommateurs. Les politiques industrielles qui découlent de l’évaluation de la compétitivité d’un pays par la qualité des produits qu’il exporte permet d’obtenir d’autres résultats que ceux obtenus en prenant le prix comme variable de compétitivité du pays. En effet, les politiques viseront à valoriser le capital humain, la technologie, l’investissement dans du capital productif, l’innovation. Des clusters peuvent aussi être créer afin d’inciter les échanges de connaissance et les échanges de main d’œuvre (spillover effect), ce qui permet d’établir une sorte « d’intelligence collective » entre les différents membres du cluster.

Entre autres, les politiques économiques visant la réduction du coût du travail dans le cadre de la compétitivité-prix des pays ne sont pas viables à long terme. Les concurrents peuvent faire de même, engageant ainsi une « guerre des salaires » pesant sur les travailleurs et la demande domestique, et le pays peut se retrouver bloquer dans des productions à faible valeur ajoutée et concurrencées uniquement sur les prix. A l’inverse, les politique économiques et industrielles portant sur la compétitivité-hors prix permettent de rendre soutenables les effets positifs attendus. Les retombées de ces politiques en matière de recherche, d’innovation, de transmission des connaissances et de développement du capital humain, permettent d’engager des cercles vertueux de croissance et d’investissement, porteurs de croissance à long terme.

Enfin, il faut comprendre la diversité des instruments de mesure de la compétitivité comme le résultat de la diversité des angles d’approche de la question. La compétitivité peut être mesurée du point de vue des entreprises, ou d’un point de vue plus macroéconomique au niveau de la comptabilité nationale (déficit ou excédent de la balance des transactions courantes). De plus, l’analyse de la compétitivité d’un pays peut s’appuyer sur différents critères, tels que le taux de change du pays, la capacité à innover des entreprises (et les mesures gouvernementales mises en place pour favoriser des investissements en RD et une fiscalité favorable aux investissements privés), l’accès des entreprises à des infrastructures de qualité. La diversité des instruments de mesure de la compétitivité vient donc de la multitude des sources de compétitivité, ou à l’inverse, de manque de compétitivité.

En conclusion, on peut retenir que le taux de change occupe une place centrale dans la compétitivité des pays. Il est si important dans les débats en science économique car il représente un outil d’ajustement des déséquilibres extérieurs des pays, sans dévaluation salariale interne, à l’inverse de l’ajustement par une déflation interne passant par une dévaluation salariale. Cependant, de nombreuses approches existent en ce qui concerne la compétitivité des pays, et les réponses qu’elles apportent en termes de politiques économiques et industrielles diffèrent selon l’angle d’approche adopté dans la mesure de compétitivité.

Anthony BOVAGNET.

 

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