Introduction au micro-crédit

Le microcrédit est un crédit de faible montant accordé à des micro-entrepreneurs qui ne peuvent pas accéder au système bancaire traditionnel et donc aux prêts classiques.

La genèse du micro-crédit

À partir de 1970, le micro-crédit connaît un réel essor grâce à l’économiste et prix Nobel de la paix bangladais Muhammad Yunus. Tout commence lorsque ce dernier octroie un micro-prêt de 27$ à 42 femmes pauvres de son pays afin qu’elles achètent le bambou nécessaire à la fabrication de tabouret. Ces micro-prêts leur ont, dès lors, permis de vendre elles-mêmes leurs tabourets et ainsi de ne plus devoir les vendre au prêteur professionnel auquel elles étaient contraintes d’avoir recours avant ce micro-prêt. Cette « petite » action eut des retombées formidables sur la vie de ces femmes : en gagnant mieux leur vie, elles ont progressivement pu sortir de la pauvreté et s’émanciper. De ces pratiques a découlé la création de la Grameen Bank (« Banque du village ») au Bangladesh en 1983 par Muhammad Yunus. En 2006, Muhammad Yunus et la Grameen Bank ont obtenu le prix Nobel de la paix. Les Nations Unies ont en effet déclaré le micro-crédit comme un des outils de la lutte contre la pauvreté associés à la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement. Le taux de remboursement de la Grameen Bank est de 98%.

Le micro-crédit : un outil pour lutter contre la pauvreté

Le micro-crédit consiste à essayer de générer un revenu à une échelle microéconomique et locale, et vise un investissement productif, c’est-à-dire la création d’une microentreprise génératrice de revenus et représentant une solution durable contre la pauvreté. En ce sens, le micro-crédit se substitue aux prêts proposés par des usuriers locaux à des taux d’intérêt extrêmement élevés mais aussi aux aides internationales octroyées aux pays en développement par le biais de systèmes d’assistance ou de redistribution. En d’autres termes, le micro-crédit permet aux micro-entrepreneurs y ayant recours d’être acteurs de leur activité et de leur création de revenus. Le microcrédit doit se comprendre avant tout comme un outil d’émancipation et d’autonomisation des populations, pour induire un développement économique et des mutations « à la base », c’est-à-dire à partir des activités locales. La Banque mondiale a recensé 10 000 institutions de microfinance dans 85 pays, au service de 130 millions de personnes pour un encours de 30 milliards d’euros, ce qui laisse à penser que l’impact du microcrédit est considérable. Au Bangladesh, 97 % des bénéficiaires directes des prêts de la Grameen Bank seraient des femmes, contre 74 % au niveau mondial.

Problématiques et débats sur le micro-crédit

Des taux d’intérêts trop élevés ?

En effet, les taux d’emprunt d’actions de microcrédit, dont la moyenne mondiale est évaluée à 37 %, sont plus élevés que les taux d’emprunt traditionnels, alors que les taux de remboursement s’élèvent à 95 %. Ces taux d’intérêts élevés se justifient par le fait que les institutions de microfinance (IMF) ont des petites structures, il n’y a donc pas d’économie d’échelle possible. De plus, les IMF ont des frais de fonctionnement importants au vu de la vulnérabilité de la clientèle. Ces taux élevés sont aussi souvent attribuables à des taux d’inflation importants dans les pays en voie de développement. Toutefois, les taux d’intérêts des microcrédits baissent chaque année grâce aux progrès de productivité des institutions de microfinance. Et il convient de rappeler que 90% de institutions de microfinance dans le monde perdent de l’argent, preuve que ces taux élevés ne sont pas un moyen de se faire de l’argent « sur le dos des prêteurs ».

Un moyen de profiter de la faiblesse des gens ?

Certains économistes se revendiquent sceptiques, voire hostiles à l’égard du microcrédit. Ils considèrent les banquiers du microcrédit comme de nouveaux usuriers qui exploitent l’incapacité des plus pauvres à résister à la tentation de l’emprunt. Il est vrai que comme tout secteur financier des dérives peuvent arriver dans celui de la microfinance ; et d’autant plus que la microfinance a une portée sociale. Il convient de s’assurer de la capacité des IMF à rester hors de ces travers et surtout à grandir en conservant cette dimension sociale.

Un risque de surendettement ?

En s’adressant aux plus pauvres, le micro-crédit peut conduire à des risques de surendettement, compte tenu du niveau élevé des taux d’intérêts. En effet, lorsque le micro-prêt consenti est utilisé dans des dépenses de consommation (santé, alimentation, logement) et non pour des investissements créateurs de revenus futurs, il peut conduire au surendettement de l’agent faute de contribuer à accroître de façon durable les revenus futurs. L’Inde a ainsi connu plus de 100 000 suicides dus au surendettement en une décennie. Mais le risque de surendettement des agents est bien plus porté par les dérives dans l’usage du micro-crédit par les Etats que dans l’utilisation qu’en font les agents. Ainsi, certains pays pauvres voient dans le développement des IMF (Institutions de Micro-finance) un moyen de réduire la pauvreté sans que l’Etat ait à s’engager, et pour cela libéralisent la microfinance. Ce fut le cas au Sénégal qui comptait 750 IMF il y a quelques années et dont la plupart ont aujourd’hui coulé.

Ecrit par :

Florence Grevet et Joséphine Stockwell

> florence.grevet@grenoble-em.com

> josephine.stockwell@grenoble-em.com

 

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