Finance comportementale : entre raison et sentiments

La nobélisation de l’économiste R. Thaler en 2017 met en lumière une discipline trop souvent occultée car en rupture totale avec les préceptes néo-classiques : l’économie/finance comportementale. Comportement bah ouais.

La théorie initiale : le financier (et a fortiori l’être humain) est un être doué de rationalité pure.

L’être humain est un homo oeconomicus ; il cherche à atteindre des objectifs de la meilleur façon possible en fonction des contraintes qu’il a. Nous serions donc tous toi, moi et même Franck Ribery des êtres ultra-rationnels, capables de maximiser notre utilité en analysant et anticipant le mieux possible la situation.

Cette rationalité a une conséquence forte sur la Bourse : les marchés sont efficients et reflètent toute l’information, ainsi le cours de Bourse tend vers sa valeur fondamentale. Des actifs ne peuvent être sous ou sur-évalués.

Alors, l’homo oeconomicus, modèle de comportement ou comportement modèle ?

Personnellement, je vois l’homo eco comme un mythe. Au cours des derniers jours, les cours de la Bourse se sont effondrés sans que les fondamentaux ne changent. Au contraire, de nombreux résultats d’entreprise publiés étaient excellents ! Les fondamentaux n’ont pas bougé mais les cours de la Bourse si. CQFD

Bref, revenons-en à nos moutons et étudions la pensée des auteurs de la finance comportementale.

D’après ces auteurs, il y a deux types de biais majeurs dans le comportement humain : ces biais détournent l’individu de sa pleine rationalité.

Le biais psychologique : – la dissonance cognitive : plus le temps passé par un trader, et surtout par un analyste financier – car le trader n’a pas le temps d’niaiser – à faire des recherches sur un produit financier est long, plus il lui sera difficile de changer d’avis en cas de retournement. Ce postulat s’applique parfaitement à notre investissement sur Arcelor Mittal au sein du GEM Investment Club ; nous avons durant longtemps étudié cette action pour s’assurer qu’elle allait nous apporter richesse et prospérité. Cet investissement s’est montré porteur durant les mois de décembre et de janvier. Néanmoins, suite au krach de février 2018, le stock a perdu de sa valeur. Conformément à la dissonance cognitive, nous avons du mal à nous défaire de l’idée que cette action va fortement monter. Quoiqu’il en soit l’avenir nous dira si nous sommes victimes ou non de cette dissonance cognitive.

Autre exemple dans le film l’Outsider dépeignant la carrière controversée de Kerviel : ce dernier pensait que les marchés allaient se redresser suite aux décisions de politiques monétaires accommodantes. Néanmoins, les marchés continuèrent de chuter et ce dernier n’a pas osé couper sa position du fait de sa conviction forte et de ses travaux de recherches empiriques. Des études montrent justement que si le trader essuie de nombreuses pertes alors il prendra des risques de plus en plus importants pour revenir à l’équilibre en fin de séance. La fin de l’histoire on la connait : une coquette somme de 5 milliards d’euros de perte.

En somme, la dissonance cognitive nous invite à rejeter les informations qui vont à l’encontre de notre opinion : point d’objectivité pour les traders !

 

Le biais émotionnel : – la perte aura plus d’effet sur l’individu qu’un gain : selon Kahneman et Tversky, les pertes en Bourse seront davantage douloureuses que les gains agréables. Dit autrement, caetaris paribus, une perte de 5% en une semaine apporte plus de désutilité qu’un gain de 5% en une semaine n’apportera d’utilité. Ainsi, les boursicoteurs seront réticents à prendre des paris risqués lorsqu’ils gagnent mais prendront des risques démesurés en cas de résultats déficitaires.

Pour conclure les marchés financiers ne sont pas efficients car des biais multiples provoquent des divergences des cours par rapport aux valeurs fondamentales. Les exemples boursiers récents nous le stipulent : en janvier les cours de Bourse augmentent fortement pour des raisons comptables. Les fonds désirent « assainir les bilans » en décembre et vendent massivement puis rachètent au début de l’année ; et en février les cours se sont décorrélés des fondamentaux économiques.

Si les marchés ne sont pas efficients, cela pose-t-il un problème ? Que nenni, cela permet justement aux meilleurs de découvrir des actions sous-évaluées pour les acheter. C’est ce que fait Warren Buffet depuis des décennies : cela lui permet chaque année de battre le marché. D’autres, encore plus ambitieux, décideront de chercher les actions surévaluées pour les vendre à découvert.

 

Arthur Betend

arthur.betend@grenoble-em.com

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