Zoom sur les métiers de l’ingénierie financière

La banque d’investissement rassemble l’ensemble des activités de conseil, d’intermédiation et d’exécution ayant trait aux opérations dites de haut de bilan de grands clients (entreprises, investisseurs, mais aussi États…)

Les métiers de la banque d’investissement attirent chaque année des millions de talents à travers le monde. Les candidats viennent pour la plupart des meilleurs universités/écoles de commerce et se battent chacun à leur manière pour décrocher le graal : une place dans l’une des plus grandes banques d’investissement de la planète. Zoom sur certains métiers de la BFI afin d’en découvrir leurs enjeux.

Equity Capital Market (ECM)

L’ECM gère les besoins de financement de haut de bilan (fonds propres) des entreprises cotées via les augmentations de capital (seasoned equity offering) ou alors leur introduction en bourse pour les entreprises non cotées (Initial Public Offering).

L’introduction en bourse consiste à mettre en vente des titres (actions-part du capital social) d’une société à un grand nombre d’investisseurs, comme des institutionnels (SICAV, fonds de pensions, assurances), particuliers mais aussi à des fonds d’investissement, afin d’avoir accès au marché des capitaux et donc de trouver des financements pour investir. Cela rend bien évidemment l’opération complexe et nécessite naturellement les services de banquiers et juristes capables de trouver in fine un actionnariat diversifié qui pourra répondre aux attentes stratégiques de l’entreprise. Le but d’une IPO étant à long terme de permettre la croissance des activités de l’entreprise, il est important pour l’entreprise d’avoir un actionnariat qui accompagne l’entreprise et qui n’ait pas uniquement des visées spéculatives. Le rôle des banquiers est de trouver des investisseurs adaptés aux ambitions économiques des entreprises. A ce titre les institutionnels (fonds de pensions, SICAV, assurances) peuvent être préférés aux hedges fund qui sont considérés comme des fonds purement spéculatifs.

Les missions de l’analyste ECM :

Il peut travailler soit sur l’«Origination »  cela consiste à faire une étude de marché présentant l’entreprise, son marché et à valoriser l’entreprise via différents modèles comme celui des « discounted cash-flows » (DCF) ou le modèle de Bates. La valorisation a pour but d’établir le prix d’entrée le plus juste de l’action en bourse. L’analyste ECM peut également travailler sur la « Syndication », cette étape consiste à gérer le placement des opérations sur le marché et le contact avec les investisseurs. Ce métier a donc une forte dimension technique mais aussi commerciale. L’IPO est par la suite un moyen pour l’entreprise de se financer par le marché via de possibles augmentation de capital (SEO).

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Intérêts et inconvénients d’une IPO

La cotation en bourse présente de nombreux avantages, elle permet dans un premier temps d’augmenter considérablement la notoriété d’une entreprise. Elle permet également de faire appel aux marchés financiers afin de trouver des liquidités pour financer le développement de son activité. Cependant, l’introduction en bourse coûte chère, une IPO pour une capitalisation de 15 milliards d’euros coûtera au minimum 100 millions d’euros à l’entreprise qui s’introduit. Les coûts internes ne sont pas à négliger car les entreprises cotées doivent adapter leur comptabilité aux normes IFRS.

Enfin il peut arriver qu’une IPO ne se passe pas comme prévue, c’est ce qui est arrivé à Facebook. Le 18 mai 2012 lors de son introduction au Nasdaq, l’action du géant de la Tech a été estimé à 38$, trois mois plus tard, l’action passait sous la barre des 20$. Ce demi-fiasco (car aujourd’hui en novembre 2018 l’action Facebook est à 148$) montre parfois les limites d’une IPO notamment pour ce qui concerne la difficulté de valorisation des entreprises de la « Tech », qui ont un modèle économique différent et qui peuvent peiner à convaincre les investisseurs de la viabilité du business sur le long terme.

Debt Capital Market (DCM)

Les équipes DCM (Debt Capital Market) s’occupent de trouver des financements qui offre une alternative à l’entreprise mais aussi aux États. Ces financements reposent sur l’émission de dettes sur le marché primaire (obligations). Ce métier est porteur car l’Europe souhaite aller vers davantage de désintermédiation bancaire. Le projet de capital market union porté par Jean Claude Junker (2019) incite le développement du marché obligataire pour le financement des entreprises plus modestes.

Revenons sur une notion essentielle : l’obligation. Elle représente un titre de créance qui est émis par les grandes entreprises (privées ou publiques) ou les états pour emprunter des fonds sur le marché. En achetant une obligation on prête donc à l’organisme émetteur. On reçoit en contrepartie un intérêt (coupon), et à la fin de l’échéancier, l’obligation doit être remboursée (Les emprunts russes du début XIXè siècle faisant exception puisque le pouvoir en place a répudié les emprunts en 1918). On peut distinguer les obligations suivant la qualité de celui qui l’émet (Entreprise ou Etat) mais également selon les modalités de versement des intérêts (Fixe, variable, indexé sur l’inflation).

Les missions de l’analyste DCM :

  • Pitch client : travailler sur de nouvelles opportunités pour des clients existants ou pour de nouveaux clients. Les pitchs comprennent le plus souvent une analyse des besoins de financement de l’entreprise, une analyse de la dette existante, de sa notation et son pricing.
  • Pricing : suite à la demande d’un client ou des équipes de vente, l’analyste peut être amené à travailler sur des missions de « pricing » de dette
  • Produit et coordonne la distribution de divers documents marketing comme les présentations aux investisseurs, les présentations de « road-show »…
  • Exécution de mandat : collaboration avec l’ensemble des équipes concernées en interne comme en externe dans la structuration et la syndication de l’opération

(Source wallfinance.com)

Quel est l’intérêt du financement par obligation ?

La première raison est le coût. Les intérêts de l’emprunts sont en général plus élevés que ceux des obligations (sauf en 2018). De plus les actionnaires d’une entreprise peuvent préférer ce mode de financement à l’émission de nouvelles actions car cela diluerait les droits de propriété attachés aux actions déjà émises qu’ils possèdent. Enfin ce financement est fiscalement intéressant car les intérêts de l’obligations sont déductibles dans le calcul du résultat net contrairement aux dividendes. Enfin le DCM rend possible le financement des États sur les marchés financiers.

A noter que le cours d’une obligation cotée dépend de l’évolution de la santé financière de l’entreprise (ou état) concernée, mais aussi de l’évolution des taux d’intérêt pratiqués sur le marché. Le prix d’une obligation ainsi que ses coupons sont grandement influencés par les agences de notation qui ont pour missions d’évaluer la qualité de la dette (moody’s, S&P, Fitch). La notation se fait par lettre, de AAA (meilleure qualité de dette) à CC (plus basse qualité de dette : défaut de paiement très probable). Les obligations avec des notes basses ont par conséquent des taux d’intérêts plus élevés que celles notées AAA car elles sont plus risquées. Voici un aperçu de la notation des obligations par pays réalisé par S&P en 2013.

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(Source wikipédia.com)

Mergers & Acquisition (M&A)

Ce métier consiste à fournir des solutions sur mesures aux entreprises qui veulent dans le cadre de leur stratégie externe développer leur activité via l’acquisition d’une autre entreprise. Ce métier consiste à apporter une expertise pointue à des dirigeants d’entreprises sur leurs opportunités de rachat ou de vente de sociétés.

  • Le « Pitch » : il s’agit de la phase commerciale ou l’analyste est en charge de produire un document marketing à destination du client ou prospect (le pitch) : analyse stratégique du secteur, recommandations stratégiques, présentation des acheteurs ou de cibles, valorisation…
  • Exécution de mandat : une fois la Banque engagée par le client, l’équipe rentre dans la phase d’exécution. Cette phase, plus ou moins longue, consiste à trouver des acheteurs dans le cas d’une vente ou des vendeurs dans le cas d’une acquisition, de trouver et structurer les financements et s’il y a lieu, d’organiser le processus d’achat ou de vente avec toutes les parties : avocats, auditeurs, marché…L’analyste travaille sur la rédaction de documents clés comme l’information mémorandum dans le cas d’une vente, ou de documents plus officiels (documents AMF). Il est aussi en charge d’organiser le processus (gestion de la data room, organisation des réunions…)

(Source wall finance.com)

Pourquoi une entreprise souhaite en acquérir une autre ?  

Il est parfois plus raisonnable en termes de coûts (financiers, social, technologique) d’acheter une entreprise qui possède déjà un solide savoir-faire plutôt que de le développer soi-même. Il existe diverses raisons pour lesquelles une entreprise souhaite en acquérir une autre :

  • Eliminer la concurrence : on parle alors de fusion horizontale
  • Créer des synergies : C’est l’idée selon laquelle la combinaison de plusieurs activités déboucherait sur de meilleures performances et réduirait les coûts.
  • Maîtriser la chaine de production : Une entreprise peut réduire de nombreux coûts en achetant l’un de ses fournisseurs ou de ses distributeurs. Si une entreprise rachète un de ses fournisseurs, elle peut par exemple faire des économies sur les marges fournisseur. Dans ce cas, on parle de fusion verticale. Dans l’autre sens, si une société rachète un distributeur, elle pourra faire transporter et livrer ses produits à moindre coût.
  • Accélérer la croissance : Fusionner permet à l’entreprise acquéreuse d’augmenter sa part de marché sans avoir réellement besoin de fournir des efforts en interne. Au lieu de ça, elle rachète un concurrent. (Cf. article sur le M&A dans le luxe)

Le top 5 mondial des plus grosses fusions-acquisitions

Acquéreur Cible Année Montant (en milliards de dollars)
Vodafone (UK) Mannesmann (Allemagne) 1999 202,8
Time Warner (US) AOL (US) 2000 181,6
Vodafone Verizon Wireless (UK) 2013 130,3
AB inbev (Belgique/Brésil) SABMiller (UK) 2015 120,8
A&T Time Warner 2016 107,3

Rédigé par Lucas Giordimaina

Sources :

Alumneye

DogFinance

Les Echos

Mergerandacquisition.com

UDEMY (cours sur l’investment banking)

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