Le micro-crédit : panacée ou miroir aux alouettes ?

Qu’est-ce que le micro-crédit et pourquoi est-il si populaire ?

Petit rappel pour ceux qui ne seraient pas familiers avec ce moyen de financement : Le microcrédit consiste en l’attribution de prêts de faible montant à des entrepreneurs ou à des artisans qui ne peuvent pas accéder aux prêts bancaires classiques. Les taux d’intérêts varient énormément en raison du cadre législatif parfois flou. Ainsi si on trouve parfois des initiatives solidaires qui permettent des emprunts à des taux entre 1 et 0 %, on voit aussi très souvent des taux pharamineux avoisinant les 15%.

Ce mode de financement trouve d’ailleurs de nombreux défenseurs dans l’histoire intellectuelle française comme Proudhon, penseur majeur qui a inspiré de nombreux intellectuels, militants ou artistes comme Baudelaire, Houellebecq ou encore M. Onfray. La thèse de Proudhon est que le microcrédit doit être une arme de lutte contre l’expansion du pouvoir du capital en redonnant le pouvoir au travailleur qui ne dépendrait plus du « grand capital ». C’est notamment pour cela que nombre de penseurs du fédéralisme ont fait un éloge si grand de ce procédé car il redonne du pouvoir aux acteurs de la sphère locale. Certains individus comme Jacques Attali vont même jusqu’à considérer le micro-crédit comme un moyen essentiel de lutte contre la pauvreté en cela que ce dernier donnerait aux personnes peu aisées les moyens de sortir de leur misère par l’entreprenariat, justifiant dès lors de nombreuses thèses néo-libérales. Le prix Nobel de la paix de 2006 attribué à Muhammad Yunus atteste de l’état de grâce que connaît aujourd’hui le microcrédit. Force est de constater que le microcrédit a de belles victoires à son actif comme celle de Enur qui habite dans un village en Indonésie et qui a pu grâce aux prêts générés par The Rise créer son salon de couture. En effet, le microcrédit répond à trois problématiques majeures dans notre société : la lutte contre l’exclusion financière, la lutte contre la pauvreté, et la lutte contre les discriminations. Mais derrière ce portrait dithyrambique se cache une réalité un peu moins idéale.

Le Microcrédit et les dangers des marchands d’illusion

Si les défenseurs du libéralisme ont raison de souligner que la lutte contre l’exclusion financière est essentielle au bon fonctionnement du marché et à la lutte contre la pauvreté, ils omettent pourtant de souligner que le microcrédit est souvent l’occasion de spéculations excessives et dangereuses. En effet, les taux d’intérêts élevés qui vont souvent de pair avec ce mode de financement empêchent finalement les personnes de mener à bien leur projet et derrière les chiffres honnêtes qu’affichent les résultats du microcrédit (95% d’argent rendu) se cachent une réalité plus complexe celle d’individus obliger de réemprunter pour payer leurs dettes. En outre, si ce système est pertinent à petite échelle il n’est pas rentable à grande échelle car ni les banques, ni les États ne gagnent à sa généralisation ; il est porteur d’un cadre trop difficile à réguler et sujet aux abus. Le risque est aussi, par excès d’optimisme, de laisser se développer des initiatives non professionnelles qui, par les dégâts qu’elles produisent dans les familles pauvres, traumatisent gravement ces milieux et interdisent durablement toute autre initiative. L’Afrique de l’Ouest a connu un engouement de ce type pour les coopératives dans les années 1970, et il a fallu ensuite attendre vingt ans avant d’oser proposer à nouveau ce type d’organisation. L’échec relatif qui a suivi a imprimé dans les esprits une répulsion pour toute initiative de la sorte et a mis  momentanément fin à tout. Mais l’oubli majeur des défenseurs à outrance du microcrédit est la question de la lutte contre la pauvreté car les personnes qui habitent dans des pays peu développés n’ont pas besoin uniquement de moyen de financement – ce ne sont pas tous des entrepreneurs en puissance – mais ils ont également besoin de connaissances techniques, de notions de management, de gestion, de capacités à gérer une entreprise, chose que le microcrédit ne peut malheureusement pas leur donner. Cet outil financier permet d’élargir l’éventail des choix et des opportunités des personnes pauvres, de stabiliser et diversifier leurs sources de revenus parfois aléatoires mais pas de lutter efficacement contre la pauvreté.

Le financement solidaire : une solution aux failles du microcrédit

Le financement solidaire s’il ne résout toujours pas les derniers problèmes que nous venons d’évoquer permet néanmoins de lutter contre un des principaux reproches que l’on peut faire à certaines IMF (Institut de microfinance) à savoir la spéculation excessive. En effet ce procédé (le financement solidaire) dont nous avons très rapidement évoqué l’existence au début consiste également en de petits prêts mais cette fois-ci avec des taux d’intérêts de 0%. Le but ici n’est absolument pas lucratif, il est éthique. Il répond à un enjeu majeur de notre temps : la responsabilité sociale. A savoir le devoir que nous avons envers les autres individus de leur donner au mieux les mêmes chances que nous (projet utopique mais vers lequel il faut tendre). Ainsi, ce financement solidaire est important non pas parce qu’il est une arme majeure dans la lutte contre la pauvreté, de nombreuses études le démentent (son rôle est réel mais pas si miraculeux que ce qu’on pourrait penser), mais parce qu’il est une arme massive dans la lutte contre l’inégalité des chances. C’est peu diront ceux qui sont en quête de résultats miraculeux à même de redorer leur image de bienfaiteurs. C’est déjà beaucoup, répondent ceux qui connaissent de près la complexité des problèmes de pauvreté.

Alors le vendredi 27 et 28 novembre prêtez à The Rise.

Edouard Leroux

 

Sources :

  • https://www.cairn.info/revue-du-mauss-2007-1-page-329.htm
  • Idée Générale de la révolution, Proudhon
  • Banerjee A, Duflo E, Goldberg N, Karlan D, Osei R, Parienté W, Shapiro J, Thuysbaert B & Udry C (2015), A multifaceted program causes lasting progress for the very poor: Evidence from six countries ; Science 15 May 2015: Vol. 348 no. 6236 DOI: 10.1126/science.1260799 (résumé [archive]).
  • Yunus Y(1997), Vers un monde sans pauvreté, Jean-Claude Lattès
  • Goulet G (2012), ‘La Microfinance en Indonésie: la réussite d’un modèle ou l’échec d’une utopie ? Le social business !, les éditions du net. (ISBN 978-2-312-00281-1)
  • Gloukoviezoff G & Rebière N (2013), Le microcrédit contre la pauvreté, Éditions de l’Atelier, octobre 2013.
  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Microcr%C3%A9dit

 

 

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