La variation de l’euro dans chaque pays de l’UE : remise en question de la monnaie unique

Adoptée en 2002 par l’Union Européenne et utilisée par 19 membres, l’euro est non seulement une des monnaies les plus puissantes du monde mais aussi un véritable symbole de la construction européenne créée depuis 1952 avec le CECA (Commission Européenne du Charbon et l’Acier). Ainsi l’euro est le seul exemple d’union monétaire “aboutie” entre différentes puissances qui se sont affrontés à de multiples reprises au cours de l’histoire. 

Cependant, depuis la crise de 2008, plusieurs états membres européens ont été durement affectés par la crise des Subprimes, les fameux PIGS (Portugal, Italie, Grèce et l’Espagne) furent notamment profondément affectés. Ainsi, la crise a exacerbé les inégalités entre les pays de la zone euro. L’UE fait face à une vraie remise en question de son modèle. Politiciens, économistes… Plusieurs sont ceux qui pensent que l’euro serait la cause de tous ses problèmes

Avant d’étayer les conséquences négatives de la crise, faisons un petit récapitulatif historique de la création de l’euro afin de comprendre que la monnaie unique n’est pas forcément synonyme d’égalité. 

De la BCE à l’euro, une étape critique 

En effet, L’ancienne CEE, aujourd’hui l’UE, a mis en place diverses étapes avant l’adoption de l’euro comme monnaie fiduciaire et scripturale en 2002. La création de l’euro n’était évidemment pas une mince affaire. Il a été nécessaire de mettre en place des conditions et des contraintes économiques pour les états membres. C’est pour cela que la BCE a créé l’Union Économique et Monétaire (l’UEM). 

Depuis le traité de Maastricht de 1992, l’UE a établi des critères de convergences économiques pour pouvoir intégrer l’UEM ; un taux d’inflation bas, des finances publiques stables, un taux d’intérêt à long terme peu élevé. L’objectif était donc de faire converger les monnaies de chaque états membre de l’UEM. 

Ensuite, une monnaie fictive a été créé ; le fameux ECU. Cette unité des comptes avait pour but de limiter les variations de taux de change entre les monnaies de chaque état de l’UEM. Elle a été donc utilisée comme référence pour les institutions européennes et les banques centrales des pays membres. 

On a utilisé l’ECU pour passer à l’euro, c’est à dire que 1 ECU allait valoir 1 euro. 

Cependant, certains pays ont décidé de ne pas rejoindre ce projet avant même sa création, le Danemark et le Royaume Uni ont quitté l’UEM et ont gardé leur propre monnaie pendant les année 90. Même avant la création de l’euro, les inégalités étaient présentes entre chaque états membres et il était impossible de faire converger toutes les monnaies. Effectivement, chaque pays a son propre contexte économique, le Franc était différent du Mark. C’est pourquoi certains membres ne voulaient pas de création d’une monnaie unique et souhaitaient simplement conserver les accords commerciaux. De plus, plusieurs pays étaient contre les critères de Maastricht car ils ne prenaient pas assez en compte le contexte économique de chaque pays. 

En définitive, ce petit récapitulatif est très important pour comprendre que la construction de cette monnaie unique s’est faite dans un contexte de divergences entre les pays membres. 

Aujourd’hui : L’euro n’a pas la même valeur pour chaque pays de la zone euro

Il existe différentes façons de percevoir la variation de l’euro d’un pays membre à l’autre. 

En effet entre 1998 et 2006, une Étude de la Fondation Robert Schuman le pouvoir d’achat de chaque pays de la zone euro n’a pas connu la même montée, par exemple la France a eu une augmentation de 14,5% de son pouvoir d’achat tandis que l’Italie n’a connu que 9%. 

De surcroit, l’évolution du taux d’inflation dans les pays de la zone euro est très hétérogène. Par exemple, d’après une étude d’Eurostat, de 2000 à 2017 les prix ont augmenté de plus du double de la moyenne de l’UE en Hongrie (environ 7% par an) tandis que le taux d’inflation en Irlande et en Suède a très peu augmenté (environ 1,5% par an).

L’exemple le plus frappant au niveau des variations de l‘euro peut être observé avec la politique monétaire mise en place pendant la crise des Subprimes. Les PIGS ont beaucoup souffert de la politique d’austérité imposée par divers membres tels que l’Allemagne d’Angela Merkel et la BCE. 

La politique monétaire du président de la BCE Jean Claude Trichet (prédécesseur de Mario Draghi) a été essentiellement favorable à l’Allemagne. 

Pour expliquer cela, il faut se concentrer sur la balance commerciale de l’Allemagne. En effet d’après la banque mondiale, la balance commerciale (différence entre exportations et importations de biens et services) a augmenté de 559% en 48 ans, tandis que celle d’autres états membres telles que la France a toujours été négative. En observant ce plus près cette évolution spectaculaire, on peut voir que la balance commerciale a connu une réelle augmentation à partir des années 2000. 

En effet, d’après Béatrice Dedinger, chercheuse au Centre d’Histoire de Science Po, Ce changement est à rapprocher de la création de l’Union monétaire européenne. L’UEM a permis la libre circulation des capitaux et d’augmenter considérablement la création monétaire et les transactions financières au sein de la zone euro. Depuis 2003, avec Schröder comme Chancelier, l’Allemagne avait mis en place une politique visant à relancer la compétitivité allemande par une libéralisation du marché du travail traduite par l’apparition du travail à bas salaire (400-800 euros par mois), une baisse importante des prix et une faible importation. Par conséquent, cette baisse de salaire a induit une baisse de la consommation des allemands. L’Allemagne possédait donc beaucoup de biens. 

Ainsi, comme la zone euro a permis une création massive de la monnaie, ce qui a accru considérablement les échanges de bien entre chaque pays. Avec une forte compétitivité des prix, l’Allemagne a pu donc accroitre ses exportations et limiter ses importations. 

La zone euro est donc en partie responsable de l’excèdent budgétaire allemand. 

Ainsi, il semble que l’euro ait amplifié les inégalités de performance entre les économies des pays de la zone euro. 

Source : Banque Mondiale

L’euro un problème pour la construction européenne ?

Face à la crise, certains économistes pensent que l’euro frôle la catastrophe. 

Pour en citer quelques-uns, Christian de Saint Etienne disait que les Subprimes exerçait une force centrifuge sur l’euro, ce qui affecte fortement la zone euro et ses membres. 

On pourrait se demander si les conséquences de 2008 auraient été moins graves si l’euro n’existait pas. 

De plus, le célèbre Joseph Stiglitz disait que l’euro menaçait l’avenir de la construction européenne. D’après le vainqueur du Prix Nobel, la zone euro a été mal conçue et est, in fine, vouée à l’échec. Il plaide pour « remettre le compteur à zéro » afin de retrouver un espace plus égalitaire. 

Certains critiquent la zone euro de ne pas être une Zone Monétaire Optimale (ZMO). 

Tout d’abord, une ZMO est un espace géographique ou la création d’une monnaie unique est possible. Elle assure un espace propice aux échanges et à la libre circulation.

On ne considère pas la zone euro comme une ZMO pour différentes raisons ; chaque état membres a des modèles économiques différents, par exemple le gouvernement de François Hollande pariait sur une politique de relance alors que celui de Merkel prônait une politique d’austérité. De plus, l’économiste Christian de Saint Etienne disait que la barrière de la langue et la différence des droits sociaux et fiscaux entre chaque pays ayant adopté la monnaie unique sont des facteurs qui mettent en évidence que cet espace n’est pas une ZMO.

Cette critique met en exergue que l’UEM est espace trop hétérogène pour avoir une monnaie stable. 

Ainsi, la monnaie fait face à une vraie remise en question, cela affecte non seulement la zone euro mais aussi toute l’UE.

Cependant, la zone euro et la monnaie unique ont apporté un certain progrès 

En effet malgré une évolution inégalitaire, le pouvoir d’achat a quand même évolué pour tous les pays depuis l’adoption de l’euro. 

Considéré comme le pays de la famine, l’Irlande a connu un développement exponentiel de 2001 à 2002. L’inflation de 5 % par an a permis à l’Irlande de rattraper le niveau des prix de l’Europe du Nord et sa chute de sa dette publique a permis au pays d’augmenter ses dépenses afin de relancer son économie. Les économistes parlent de « miracle irlandais ». 

Revenons donc à la construction européenne, plusieurs penseurs tels que Bella Belassa disent que la création de la monnaie unique est une des étapes nécessaires pour mener à bien cette construction. 

En outre, l’UE s’est construite dans la douleur des crises et des guerres, et ce sont justement grâce à ces difficultés qu’elle est devenue une référence d’organisation régionale. 

On parle de crise en Europe comme un terme péjoratif ou comme une fatalité. 

Cependant, analysons le terme crise. En chinois, le terme crise veut dire « point de basculement » et de « danger ». Cependant, elle veut aussi dire « opportunité ». La plupart du temps une crise est suivie d’une relance. C’est pour cela que plusieurs économistes comme Éric Heyer disent que la crise des Subprimes a poussé à la zone euro à se doter de mécanismes de défense. Par exemple, elle a mis en place un mécanisme européen de stabilité. L’efficacité de ce mécanisme peut cependant être remis en question étant donné l’état de la Grèce. 

De surcroit, l’euro a une valeur très symbolique et est synonyme d’un certain niveau de développement des pays membres et leurs économies. C’est pour cela que beaucoup de pays de l’Europe de l’Est tels que le Kosovo et le Monténégro souhaitent intégrer l’UE afin de bénéficier de ses avantages. 

Ainsi, même si l’euro implique des variations, il reste une véritable référence d’inclusion et d’égalité pour le monde.

Quid de l’impact du COVID sur l’euro

En effet, la crise sanitaire du COVID-19 n’a fait qu’exacerber les disparités entre les pays de la zone euro. La chute de la monnaie unique entraine de lourdes difficultés économiques pour tous les états membres. 

Cependant, malgré ces difficultés, les prêts considérables de la BCE mettent en avant l’importance économique de la zone euro pour ses états-membres, d’autant plus que les taux d’intérêts sont très bas.

Ainsi, même si l’euro implique des variations, il reste une véritable référence d’inclusion et d’égalité pour le monde.

Et comme le disait Jean Monnet :

« L’Europe se fera dans les crises et elle sera la somme des solutions apportées à ces crises »

Sources : 

  • Christian de Saint Etienne
  • Joseph Stiglitz
  • Eric Héyer
  • The Economist
  • Béatrice Dedinger
  • La Banque Mondiale
  • La foundation Schumann
  • Eurostat

Alexandre Carvalho.

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