Le M&A en tech

Par Mathilde Derambure

            La tech française est aujourd’hui en ébullition, et semble provoquer remous et intérêts dans le monde de la finance. Des levées de fond massives marquent ainsi cet écosystème, avec plus d’un milliard d’euros levés depuis juin. L’exemple le plus en vogue de cette tendance est Sorare, licorne de cartes panini virtuelles basées sur la blockchain, dont la levée de fonds de six cent quatre-vingts millions de dollars, record historique des start-ups françaises, a émerveillé le monde. La tech, définie comme l’ensemble des start-up, scale-up et licornes du secteur des nouvelles technologies semble ainsi attirer l’œil des investisseurs et générer une véritable frénésie.

Cette attention, cet intérêt pour la tech est aussi visible en M&A : depuis quelque temps, une attention particulière semble accordée à ce secteur. Qui sont les nouveaux investisseurs de ce secteur ? Vers quoi semble se métamorphoser le M&A en tech ?

Le M&A en tech, opportunité pour les grands groupes

Nous sommes au cœur d’une société fondée sur la technologie, où chacun de nos produits et services en dépendent pour fonctionner. Moyens de paiement, télétravail, assurances ou e-santé, la composante technologique possède une place primordiale dans la fabrication de valeur des entreprises. Cette domination va également plus loin, car elle est devenue un facteur de disparition de sociétés : toutes doivent innover sous peine de toujours rester une longueur derrière les sociétés concurrentes.

Cela explique en partie le dynamisme du M&A en tech : la technologie est devenue un moteur pour la fusion ou l’acquisition d’une Start-up pour toutes les entreprises à la recherche d’innovations. Pour accroitre leurs revenus et accélérer leur digitalisation, les grands groupes se tournent ainsi de plus en plus vers les start-ups innovantes de la tech.

Il existe bien évidemment plusieurs manières de faire du M&A en tech, mais les grands groupes ont tendance à fonctionner de la manière suivante. Tout commence par la création d’une startup proposant une idée de produit ou service suffisamment innovant et rentable pour intéresser de grandes entreprises. Celles-ci investissent alors dans la société, voient ses rendements et performances. Si la start-up marche suffisamment bien, elle se voit alors offrir une proposition de rachat. Ce processus est illustré ci-dessous :

Figure 1: mode du fonctionnement courant simplifié du M&A en tech

Ce sont donc historiquement les grandes entreprises qui œuvrent sur le marché des fusions-acquisitions dans la tech. Ce qu’il est intéressant de noter, c’est que si le processus global est commun à tous les domaines de la tech, les modalités changent en fonction de la spécialisation de la start-up. Au bout de combien de temps sont rachetées les start-up, qui les rachètent, les multiples de valorisation, tout fluctue en fonction du domaine.

            Par exemple, pour les technologies liées à la publicité, ou adtech, les startups s’achètent souvent tôt, avec une demande de revenus élevée pour pouvoir faire face à la concurrence féroce à l’œuvre dans ce domaine. Ce sont généralement des entreprises dans les médias et la publicité à l’origine des acquisitions dans l’adtech. Elles sont aujourd’hui particulièrement mises à l’honneur, par des levées de fonds et introductions en bourse spectaculaires : Seedtag a par exemple annoncé une levée de fonds de 40 millions de dollars durant ce mois de septembre.

Les biotechnologies ont en revanche un climat des affaires entièrement différent. Les start-ups de ce secteur demandent par exemple beaucoup plus de maturité, et sont globalement tournées vers la recherche, ce qui induit de nombreux investissements. Elles sont majoritairement acquises par des entreprises dans le domaine médical ou pharmaceutique, qui cherchent à acquérir de nouveaux brevets. Ce qu’il est intéressant de noter dans les biotechnologies, est le multiple de valorisation. De manière générale, les start-ups de ce secteur génèrent que peu de revenus, ce qui induit des multiples très élevés.

C’est donc en partie le M&A en tech qui a mené aux géants économiques tels que les GAFAM ou les NATU (Netflix, Airbnb, Tesla, Uber). Ces entreprises, par l’achat d’un certain nombre de start-ups ont ainsi acquis un avantage concurrentiel énorme sur leurs concurrents. Chaque entreprise cherche ainsi la start-up qui lui permettra de compléter son offre, de proposer un nouveau service. Apple avait par exemple acquis Shazam en décembre 2017 pour compléter son offre dans le domaine musical.  

Innovations dans le M&A en tech

A ce mouvement général du M&A en tech, se rajoute une toute nouvelle tendance : un mouvement d’innovation au sein de ce secteur.

Si l’innovation n’est pas réservée à un certain nombre de pays, certains sont cependant connus pour être de grands marchés technologiques. Le Royaume-Uni, par exemple, est le plus grand en Europe grâce à son climat des affaires favorables aux start-ups. Le M&A en tech en Europe passe donc souvent par ce pays. Cependant, les marchés technologiques d’Europe continentale, et notamment français, gagnent rapidement en maturité, essayant de plus en plus de se poser en concurrente de la Grande Bretagne.

Une tech européenne plus responsable et respectueuse, plus responsable climatiquement est ainsi en train de voir le jour, offrant aux investisseurs une occasion rare de marché éthique. De plus, de nombreuses start-up de la tech européenne sont en train de se faire un nom, parfois même face à des innovations des GAFAM, comme Spotify avec Apple Music. L’Union Européenne, avec des projets tels que Gaia-X, cherche en outre à stimuler ce secteur, notamment en vue d’attirer l’attention des acquéreurs étrangers, venus des États-Unis ou d’Asie.  

L’autre grande innovation dans le M&A en tech vient du fait que les grandes entreprises ne sont plus les seules à rechercher les fusions et acquisitions de start-ups dans les technologies : les start-ups elles-mêmes commencent à suivre ce modèle dans le but d’acquérir une taille critique sur le marché.

Pour s’implanter à l’international, étendre leur offre ou mettre la main sur une nouvelle technologie, de plus en plus de start-up, scale-up et licornes de la tech incluent le M&A dans leur stratégie. Pour Arthur Porré, fondateur d’Avolta Partners, une banque d’affaires spécialisée dans la tech, l’unique raison pour laquelle nous n’avons pas encore assisté à forte expansion des fusions-acquisitions entre PME en France est que le secteur est encore jeune. Parfaite illustration de ce phénomène, Voodoo, start-up française, a recruté une personne pour la recherche et la direction des acquisitions de la start-up.

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