La HealthTech, ou l’excellence technologique à la française 

Par Damien Richard

En Octobre 2021, le président de la République Emmanuel Macron présentait le plan d’investissement « France 2030 ». Doté de 30 milliards d’euros échelonnés sur 5 ans, ce plan vise le développement industriel et technologique à travers des investissements dans des secteurs jugés porteurs et novateurs. Et s’il y a bien un secteur qui est aujourd’hui jugé porteur, c’est celui de la santé. En effet, parmi les 30 milliards d’euros du plan France 2030, 7,5 milliards sont alloués à la santé, pour la recherche, le développement des start-ups ainsi que l’industrialisation. Pour piloter cet investissement, une agence de l’innovation en santé a été annoncée pour 2022. La stratégie est donc claire, faire de la santé un terrain majeur d’innovation et d’investissement sur le territoire français. Pour cela, les entreprises de la HealthTech seront des atouts non négligeables.

La HealthTech, définition et chiffres clés 

La HealthTech, ou digital tech, désigne l’ensemble des entreprises développant des solutions innovantes relatives à la santé, en s’appuyant essentiellement sur les nouvelles technologies. La HealthTech rassemble plus précisément trois domaines : la biotech, qui allie science du vivant et technologie, la medtech, qui correspond aux entreprises utilisant les nouvelles technologies pour établir des diagnostics médicaux, ainsi que l’e-santé (ou santé digitale), l’emploi des nouvelles technologies dans le secteur de la santé (télémédecine, thérapies digitales…).

Il s’agit d’un secteur porteur d’espoir, notamment celui de guérir des maladies aujourd’hui incurables. C’est également un secteur ayant des taux de croissance exponentiels, et ce partout dans le monde, bien que l’Europe enregistre la croissance la plus forte . La France, elle, entend être un acteur majeur de l’innovation dans ce secteur. Avec 50 biotech, 1100 medtech et 200 start-ups de l’e-santé, elle se classe au deuxième rang européen sur le marché de la HealthTech, juste derrière le Royaume-Uni.

Les atouts français

Deux licornes françaises, des start-ups valorisées à plus d’un milliard d’euros, proviennent de la HealthTech : Doctolib, plateforme de mise en relation des professionnels de santé et des patients, ainsi que Dental Monitoring, qui révolutionne le marché de l’orthodontie grâce à des solutions fondées sur l’intelligence artificielle pour assurer le suivi du traitement orthodontique.

Autre signe que la France est un acteur majeur dans l’innovation liée à la santé, 1,5 milliards d’euros ont été levés en 2020 par les start-ups de la HealthTech, et 420 millions d’euros ont été investis par BPI France dans le domaine de la santé, soit presque trois fois plus qu’en 2019. Près de 60 biotech sont créées chaque année en France. 

A l’heure du Big Data, de l’accélération de la puissance de calcul ainsi que des nouvelles méthodes d’imagerie médicale, c’est tout un secteur qui est en profonde transformation. Cette évolution du marché s’accompagne de grandes promesses, comme l’illustre la Start-up Median Technologie, basée à Sophia Antipolis. Fondée en 2002, l’entreprise se dote de l’IA pour améliorer le dépistage précoce du cancer du poumon. A terme, cela pourrait permettre de prendre en charge la maladie dès le stade 1 pour favoriser le traitement et le processus de guérison.

D’autres promesses accompagnent l’évolution de la HealthTech en France, notamment la recherche d’une autonomie stratégique en ce qui concerne la santé. Le manque d’indépendance dans ce secteur a été mis en lumière par la crise du Covid-19. La France peut compter sur la qualité de ses chercheurs pour résorber ce déficit d’autonomie. En effet, 52% des entreprises de la HealthTech ont été créées à partir de travaux de recherche publique.

Les HealthTech proviennent donc généralement de la recherche publique, et participent activement à l’effort de recherche et développement français. En effet, près de la moitié des dépenses de ces entreprises sont orientées vers la recherche, et plus de 30 000 brevets ont été déposés par ces entreprises. Tout cela laisse à penser que la croissance du secteur n’en est qu’à ses débuts.

Selon France Biotech, l’association des entrepreneurs de la HealthTech, le chiffre d’affaire du marché pourrait atteindre 40 milliards d’euros en 2030, une hausse considérable qui pourrait être accompagnée de la création de 130 000 emplois directs et indirects. Pour ce faire, le secteur doit cependant répondre à de nombreux défis.

Plusieurs obstacles à une pleine croissance du marché de la HealthTech doivent être surmontés 

Dans un rapport de France Biotech et du Boston Consulting Group (BCG) publié en 2017, les limites potentielles au développement du marché en France sont clairement définies.

Le rapport pointe d’abord un problème administratif, celui de la vitesse de commercialisation d’un produit sur le marché. En France, ce processus de commercialisation d’un bien ou service sur le marché de la HealthTech est globalement quatre fois plus long qu’en Allemagne par exemple. En effet, le temps nécessaire pour commercialiser un produit en France est de 408 jours en 2017, alors qu’il n’est seulement que de 120 jours en Allemagne.  Les raisons de cet écart proviennent de procédures trop longues en ce qui concerne les essais cliniques. Deux organismes supervisent ces essais, l’ANSM et les CPP, ils disposent de 60 jours pour émettre leur avis en fonction des essais. Cependant ces deux études ne sont pas nécessairement coordonnées, elles peuvent se dérouler de manière succincte, ce qui peut doubler la durée de la procédure. En conséquence, la plupart des essais cliniques des sociétés françaises de la HealthTech se déroulent à l’étranger (environ 70 % d’entre eux) alors qu’aux Etats-Unis seuls 11% des essais cliniques des entreprises nationales se déroulent à l’étranger.

De plus, le financement du développement de ces entreprises est encore insuffisant, malgré de réelles améliorations, particulièrement en 2020. L’équilibre n’est pas encore trouvé en termes de financement du marché, les investisseurs étant tournés d’abord vers l’amorçage et le lancement de projet entrepreneurial. En revanche, pour ce qui est du financement du développement et de la maturité de l’entreprise, les ressources déployées ne permettent pas un accompagnement adéquat. Très peu de fonds de capital-risque sont spécialisés dans la HealthTech et disposent d’une expertise scientifique nécessaire. Les investisseurs internationaux manquent de perspective, la possibilité d’un rachat d’une start-up de la HealthTech par un grand groupe industriel français est faible compte tenu du maigre nombre de ces groupes, et les réglementations françaises sont jugées trop contraignantes par ces fonds. De fait, les entreprises françaises cherchent très vite des ressources monétaires sur les marchés financiers, ce qui conduit parfois à des introductions en bourse (IPO) trop précoces qui ne permettent pas une valorisation à hauteur des potentiels de ces firmes. De plus, les IPO limitent également les levées de fonds futures, car les augmentations de capital, par principe de précaution, ne dépassent rarement 20% du capital de l’entreprise.

La problématique du financement de l’entreprise dans sa phase de maturité, du manque d’expertise des secteurs partenaires tels les investisseurs, ainsi que de la durée de la phase de commercialisation sont les principaux défis que doit relever le secteur de la HealthTech français pour s’imposer définitivement sur l’échiquier mondial. Néanmoins, la France reste une référence en termes d’innovations liées à la santé grâce à ces entreprises.

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