Les représailles économiques envisagées contre la Russie

Par Cassandra Duhamel

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a de l’eau dans le gaz entre les Occidentaux et la Russie. 

Si les pourparlers se poursuivent pour tenter d’obtenir une désescalade dans la crise opposant l’Ukraine à la Russie, les sanctions économiques ne sont pas mises de côté dans les discussions.

« En cas d’agression russe, la riposte sera là et le coût sera élevé » a déclaré Emmanuel Macron, le 25 janvier. Cette déclaration laisse planer la mise en place de représailles inédites visant à isoler les instances financières russes et à fragiliser son marché financier. En cela, le gaz est redevenu une arme diplomatique entre la Russie et les États-Unis.

Cependant l’Europe pourra-t-elle adopter les mêmes moyens de défense ? En quoi ce conflit fait-il ressortir le jeu de pouvoir d’après-guerre froide ?

Comment expliquer les tensions et que révèlent-elles de la volonté d’influence de chacun ?

Les tensions à la frontière russe ne sont pas nouvelles et remontent à la fin de la guerre froide. En 1991, au moment de la chute de l’URSS, l’Ukraine, redevenue indépendante, noue des liens avec l’OTAN. Une relation qui n’a de cesse d’agacer la Russie. En 2014, la Russie annexe la Crimée, à l’encontre du droit international, lors de la révolution de Maïdan. Une situation qui renforce encore le soutien de l’OTAN à L’Ukraine.

Cet automne 2021, Kiev et ses alliés commencent de nouveau à s’inquiéter des activités militaires à sa frontière. La Russie est accusée de déployer plus de 100 000 militaires et de fournir des troupes et des armes aux séparatistes prorusses de l’Est de l’Ukraine.

Mardi 25 janvier 2022, les forces armées russes ont lancé une nouvelle série de manœuvres à proximité de l’Ukraine et en Crimée annexée. Ces exercices impliquant 6 000 hommes, des avions de chasse et des bombardiers a eu de quoi mettre le feu aux poudres sur le devant de la scène internationale. 

En effet si la Russie clame que ses déploiements militaires sont dans son droit et permettent d’améliorer ses capacités de défense face aux activités “menaçantes” de l’OTAN, l’Occident s’inquiète de cette recrudescence d’activités militaires à la frontière de l’Ukraine qui laisse à penser à un projet d’invasion. 

Carte illustrant les bases implantées de l’OTAN à la frontière de la Russie au cours des années (Source : Le Monde Diplomatique)

Isoler les institutions financières russes 

L’une des mesures coercitives serait de geler les grandes banques russes afin d’isoler l’économie du pays. Deux façons sont alors avancées sur la table des négociations.

La première serait d’inscrire des établissements bancaires russes sur la liste des Specially Designated Nationals (SDN), ce qui aurait pour effet immédiat de non seulement empêcher tout investissement vers ses banques mais également de geler ses capitaux et ses actifs. L’objectif est alors de déstabiliser économiquement la Russie en la coupant des échanges financiers mondiaux. En effet, de nombreux établissements bancaires et entreprises s’interdisent d’avoir des relations commerciales avec des banques inscrites dans la SDN. De plus, ces banques ne pourraient plus faire d’opérations en dollars, parce que cela nécessite un échange avec une institution financière américaine ce qui atténuerait grandement sa possibilité d’échange avec les autres pays. Cependant l’efficacité de cette mesure risque d’être mise à mal par les anticipations de la Russie sur ses réserves en monnaie. Grâce à la volonté russe de réduire la dépendance des banques nationales au dollar, la Banque Russe possède désormais plus de réserves en or qu’en dollars, si bien qu’elle pourrait maintenir ses transactions avec le reste du monde. 

La seconde option serait de couper les institutions financières de la Russie au système Swift. Le système Swift est un réseau interbancaire utilisé par plus de 11 000 acteurs financiers pour échanger entre eux de manière automatisée et sécurisée. Débrancher les institutions financières russes de ce réseau entraînera une impossibilité de communiquer avec leurs partenaires internationaux, mais aussi avec les établissements bancaires russes. 

Cela impliquerait des délais supplémentaires de traitement des transactions, en plus des risques d’erreur et serait donc un facteur de ralentissement brutal des transactions russes. 

De plus, les acteurs européens ne s’alignent pas devant cette proposition étasunienne. En effet, la dépendance économique entre la Russie et l’Europe est forte. Par exemple, la Russie représente quelques 10 milliards d’euros de commerce bilatéral avec la France, qui est le deuxième investisseur étranger. Il n’est donc pas dans l’intérêt de la France que la Russie soit incitée à développer un réseau concurrent à Swift.

Fragiliser le marché économique russe 

Dans la crise ukrainienne, l’hypothèse d’une non-activation du gazoduc est citée comme une possibilité de sanction envers la Russie. Très réticent à l’aboutissement du gazoduc Nord Stream 2, les États-Unis menacent de plus belle sa mise en service.

Ainsi Victoria Nuland, sous-secrétaire d’État-Amérique aux affaires politiques a rétorqué : « Aujourd’hui, si la Russie envahit l’Ukraine d’une façon ou d’une autre Nord Stream n’ira pas de l’avant ». Or Nord Stream 2, projet colossal mené depuis 2014, est hautement stratégique et constitue un atout dans l’extension de l’air d’influence de la Russie. Il relie alors la Russie à l’Allemagne via la mer baltique tout en contournant l’Ukraine. Il permettrait de doubler les capacités d’exportation du gaz russe tout en employant une entreprise étatique russe, Gazprom.

Cependant, déjà environ 40% du gaz importé par les États de l’Union européenne provient de Russie. Certains pays de l’UE sont totalement dépendants de l’approvisionnement en gaz avec Moscou, comme la Lettonie (100%) ou la Finlande (98%), vient ensuite  l’Allemagne (66%) et la Pologne (55%), selon les chiffres d’Eurostat en 2020. C’est pourquoi si l’invalidation du gazoduc par les autorités allemandes pourrait asséner un coup à la volonté de la puissance énergétique russe, il n‘est pas certain que les puissances européennes puissent se passer de l’approvisionnement en gaz russe. Les États-Unis, quant à eux, ne cachent pas leurs désirs de voir l’Union Européenne se tourner vers le marché américain de gaz liquéfié…

De plus, l’interdiction d’exportation de technologies américaines vers le territoire russe mais aussi de certains produits fabriqués à l’étranger selon la réglementation américaine est également avancée. L’objectif est alors de porter un coup à la volonté d’industrialisation de la Russie, tout en freinant la croissance de certains secteurs stratégiques comme la défense, l’intelligence artificielle, les ordinateurs quantiques, la défense ou l’aérospatial. 

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