Le retour de la stagflation, probable conséquence du contexte géopolitique

Par Damien Richard

Alors que les années 2010 ont été marquées par la crainte de la déflation en zone euro, qui justifia l’injection massive de liquidités sur les marchés financiers et l’achat de titres de dettes publiques aux banques centrales, ce que l’on a appelé politique de quantitative easing, le début de la décennie 2020 s’accompagne d’une crainte d’un retour de la stagflation, phénomène qui s’est produit une seule fois dans l’histoire dans les années 1970. Les facteurs conditionnant ce haut risque de stagflation sont aujourd’hui nombreux en zone euro : guerre en Ukraine et sanctions économiques, hausse des prix de nombreuses matières premières, pénuries de matières premières dans certains secteurs et ralentissement de la croissance.

La stagflation se caractérise par une hausse générale des prix mêlée à un essoufflement de la croissance. Cette tendance s’accompagne d’une hausse du chômage ainsi que d’une récession dans le pire des cas. Quelles sont aujourd’hui les tenants et aboutissants du retour de la stagflation ?

Le cas des années 1970 et sa similarité avec la situation actuelle

Pour comprendre ce phénomène, il faut remonter aux années 1970. C’est, en effet, la seule décennie caractérisée par une stagflation dans les pays industrialisés. Après une forte période d’inflation, la guerre du Kippour est venue intensifier la hausse des prix du fait de l’embargo sur le pétrole effectué par les pays du Moyen-Orient envers les États-Unis, en représailles au soutien d’Israël. Le prix du baril de pétrole a ainsi augmenté de 70% en un temps record. Dès lors, la hausse des prix de l’énergie s’est répercutée sur l’ensemble de l’économie américaine puis mondiale. L’inflation était alors de plus de 6% en 1973. Dans le même temps, la croissance mondiale des Trente Glorieuses était à bout de course. Les dépenses militaires liées à la guerre du Vietnam ralentissaient la croissance, tout comme la baisse des emplois manufacturiers. 

La situation économique actuelle est comparable à celle des années 1970. L’inflation en zone euro était de 5% fin 2021, dû notamment à des problèmes d’offres tels que des pénuries de matières premières affectant la supply chain. Les microprocesseurs, le papier ou encore l’acier sont devenus rares et ont vu leur prix considérablement augmenté (+25% pour l’acier). Il en va de même pour le pétrole et le gaz. Mais alors que le FMI annonçait fin 2021 que l’inflation « n’était que temporaire », un nouveau facteur est revenu remettre en cause le caractère provisoire de cette inflation mondiale, la guerre en Ukraine et les sanctions occidentales. Tout comme dans les années 1970, c’est ainsi un facteur exogène au fonctionnement du marché qui vient accentuer la hausse des prix, dans un contexte de faible croissance et de sortie de crise.

Les conséquences de la guerre en Ukraine et des sanctions sur l’économie

La guerre, couplée aux sanctions économiques envers la Russie, agit comme un choc d’offre sur l’économie. Les capacités de production s’en trouvent réduites et certaines matières premières vont devenir de plus en plus rares. Le prix du gaz en Europe a doublé depuis le début de la guerre, tout comme celui du pétrole qui a doublé en un an. Selon JP Morgan, cette hausse du prix des matières premières devrait diminuer la croissance mondiale d’un point et augmenter l’inflation mondiale d’un point. Les répercussions seront différentes en fonction de la région du monde, et c’est l’Europe qui en pâtira le plus par sa proximité avec l’Ukraine et sa dépendance au gaz russe. La croissance européenne devrait être de 2,8% en 2022, alors que les premières prévisions étaient de 3,5%. 

La grande différence entre la situation actuelle et la stagflation des années 1970 est que les hausses de salaire pour répondre à l’inflation sont aujourd’hui bien moins importantes que dans les années 1970, ce qui provoque une perte de pouvoir d’achat des consommateurs. Alors que les hausses de salaire étaient conséquentes à la suite des chocs pétroliers de 1973 et 1979, plus de 4% par an selon l’observatoire français des conjonctures économiques, il n’en va pas de même aujourd’hui. Les salaires augmentent plutôt en fonction des secteurs de l’économie, ce qui crée de fortes disparités. La hausse des salaires en France en 2021 était ainsi de 2,7%, un niveau cependant supérieur à l’Italie ou l’Allemagne.

La stagflation, une fatalité ?

Si les conditions du retour de la stagflation sont réunies, il reste que la hausse des prix et le ralentissement de la croissance dépendra de la durée et de l’ampleur de la guerre. Selon William De Vijlder, chef économiste chez BNP Paribas, « on peut craindre que plus la crise ukrainienne durera, plus les conséquences économiques seront importantes ». Toutefois, c’est bien la zone euro qui pâtira le plus de l’inflation. D’autres pays continuent de prévoir une croissance importante en 2022, la Chine prévoit par exemple une croissance de 5,5%, alors même que l’inflation était de 2,5% dans le pays en 2021.

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