Gagner son indépendance énergétique, mais à quel prix ? Évolution du marché, aides gouvernementales et transition énergétique

Les marchés de l’énergie n’ont jamais été autant sous tensions que depuis l’entrée en guerre de la Russie contre l’Ukraine et l’invasion de son territoire ayant débuté le 24 février dernier. L’augmentation nette et rapide des prix du gaz et du pétrole commence toutefois à diminuer, mais le risque d’approvisionnement en gaz demeure. Le gouvernement français tente cependant d’éteindre l’incendie causé par la hausse du prix du pétrole répercutée sur le prix de l’essence en proposant des aides d’urgence à court terme. La transition énergétique connaît un moment propice à son développement dans un contexte de questionnement énergétique face à la dépendance de l’Europe au gaz russe.

Une hausse nette des prix de l’énergie qui tend à s’essouffler

L’augmentation simultanée des prix du pétrole et du gaz de ces dernières semaines s’expliquent par des facteurs de tensions engendrés par le conflit opposant la Russie à l’Ukraine. La hausse du prix du gaz exprime la forte dépendance de l’Europe envers la Russie qui importe jusqu’à 48% de son gaz naturel, devant la Norvège pour 18% et l’Algérie pour 13% (Eurostat).

Ces derniers mois, des pressions sur l’offre et sur la demande avaient déjà fait grimper les prix de la matière première à des niveaux élevés atteignant un pic de 175,14 € par MWh le 22 décembre 2021. Cependant, le retentissement mondial de la guerre en Ukraine menée par la Russie de Vladimir Poutine a fortement impacté le marché du gaz en propageant un sentiment d’incertitude et de risque.

Ce faisant, le prix a atteint un second pic à 259,14 € par MWh le 8 mars 2022 pour redescendre sept jours plus tard à un prix de 122,79 € par MWh. Toutefois, même si les grandes compagnies gazières russes ne sont pas encore sanctionnées, ni même l’activité gazière dans son ensemble, le risque de sanctions supplémentaires imposées par l’Union Européenne reste présent.

Cette absence de sanction sur le gaz russe s’explique par le caractère irremplaçable de la ressource auprès des européens étant donné l’incapacité des autres fournisseurs à combler la demande et la nature régionale du marché régi par des contraintes physiques intrinsèques.

En parallèle, le risque sur le marché du gaz s’est propagé à celui du pétrole dont l’augmentation du prix du baril a été intensifiée par la crise ukrainienne. En effet, le marché était déjà impacté depuis le début de l’année par les tensions observées au Donbass, mais aussi par la guerre du Yémen dont le théâtre est situé en plein milieu du Moyen-Orient et des pays producteurs. Le prix du baril de brent a même atteint 139,86 $ le 8 mars dernier, tutoyant le record historique de 2008 à 147,50 $. Le prix du baril est désormais redescendu à 113,20 $ au 15 mars 2022.

Évolution du prix du MWh de gaz naturel en EUR (du 15 sept. 2021 au 15 mars 2022)

Référence : EEX EEX Index CEGH VTP (Central European Gas Hub Virtual Trading Point) Daily (source : Refinitiv)

Évolution du prix du baril de brent de mer du Nord en USD (du 15 sept. 2021 au 15 mars 2022)

Référence : ICE Europe Brent Crude Electronic Energy Future (source : Refinitiv)

Des mesures gouvernementales en demi-teinte critiquées par l’opposition

Bruno Le maire annonçait le 12 mars dernier une mesure visant à réduire le prix de l’essence de 15 centimes par litre à la pompe. Cette mesure a pour but de donner une solution à court terme pour redonner du pouvoir d’achat aux français face à l’augmentation des prix de l’énergie dans un contexte global d’inflation.

Bien qu’accueillie volontiers par la population, elle est jugée insuffisante face à la hausse du prix de l’essence et de la baisse du pouvoir d’achat générale, pouvoir d’achat qui est aussi imputé par la hausse du prix de l’alimentation. Les critiques de l’opposition politique aux annonces du gouvernement ne se sont pas fait attendre jugeant cette mesure comme électorale et trop « court-termiste ».

Evolution du prix des carburants en France (du 7 janvier au 4 mars 2022)

D’autres propositions émanant de plusieurs parties et notamment de la France Insoumise proposent de bloquer les prix de l’énergie au niveau pré-crise ukrainienne à 1,40 € le litre d’essence. Néanmoins, cette proposition est discutable d’un point de vue économique puisqu’elle impliquerait un financement soit par la dette dont le remboursement se ferait à long terme par les futures générations, soit par l’augmentation des impôts à court-terme. Cette taxe supplémentaire et immédiate alourdirait d’une autre manière le portefeuille des Français.

Une autre solution envisagée par le gouvernement mais non retenue est la baisse des taxes sur les énergies et particulièrement sur les carburants. Toutefois, cela reviendrait à désavouer la politique écologique engagée par l’exécutif qui n’est qu’à ses premiers battements d’ailes en finançant les énergies polluantes. De plus, cette mesure nécessiterait un débat parlementaire suivi d’un vote ce qui allongerait considérablement sa mise en place.

Enfin, une dernière solution résiderait dans le déblocage des réserves de pétroles détenues par les grands groupes pétroliers qui pourraient être mobilisées à la demande de l’État pour baisser le prix des carburants. Ces réserves atteignent un tiers de la production annuelle de l’année antérieure et sont disséminées sur environ 90 sites éparpillés sur le territoire national.

Transition énergétique, le coche à ne pas rater ?

Cette crise énergétique européenne causée par le conflit russo-ukrainien force l’Europe à repenser sa politique énergétique et de transition. Initiée par les Accords de Paris sur le climat, puis suivie par les propositions législatives du Fit for 55, la politique européenne peine à trouver un moteur fort de changement et l’urgence nécessaire pour agir.

C’est maintenant l’occasion pour l’Europe de revoir sa production et son approvisionnement en énergie et d’embrasser davantage les énergies renouvelables. Nombre d’ONG et autres think tanks affirment que le moment est plus que jamais propice au développement des énergies vertes et donc renouvelables.

Cette transition doit passer par une planification énergétique avec une composante élevée de renouvelable dans le mix énergétique, certains proposant même des scénarios viables avec 100% de ces énergies. Certes, les énergies renouvelables sont intermittentes mais les énergies fossiles ne sont désormais plus viables écologiquement et le nucléaire pose des problèmes de sûreté en lien avec les déchets qu’il génère.

La planification énergétique doit aussi comporter un volet dédié à l’efficacité énergétique et notamment à la rénovation thermique des logements et des entreprises. La sobriété énergétique doit aussi faire partie intégrante de ce plan. Le développement des transports en commun, l’amélioration de son accessibilité et des initiatives citoyennes en matière de réduction de consommation électrique doivent devenir les axes majeurs de cette nouvelle politique énergétique mais aussi écologique et économique.

De plus, parmi les autres solutions visant à contrer les mouvements incontrôlés des prix de l’énergie, nous pouvons mentionner la nationalisation des entreprises françaises comme Engie ou EDF. Ces opérations permettraient de reprendre le contrôle sur le prix de l’électricité au niveau national et ainsi de se prémunir de tout facteur exogène qui viendrait perturber le cours des marchés.

Évolution des gaz à effet de serre par secteur dans l’Union européenne de 1990 à 2018

Source : European Environnement Agency (2019)

Ainsi, la crise énergétique européenne autour de sa dépendance et de son avenir s’inscrit dans un enjeu plus large. Le sujet de la redistribution des richesses devient l’un des éléments les plus récurrents lorsque la liste des causes du problème du pouvoir d’achat des Français est dressée. Cette détérioration portée par l’augmentation significative des prix du logement à l’achat depuis 20 ans et l’augmentation des prix de l’alimentation accablent le gouvernement par son absence d’initiatives visant à réajuster les niveaux des salaires à toutes les échelles. Par exemple, des prix plafonds à l’achat pour les consommateurs et des prix planchers à la vente pour les producteurs serait une première mesure pour installer davantage d’égalité dans la société. Cette mesure rendrait du pouvoir d’achat aux consommateurs et permettrait aux producteurs de vivre plus dignement. De ce fait, des mesures doivent être prises simultanément sur la transition, l’efficacité et la sobriété mais aussi sur l’alimentation et le niveau des salaires de la population.

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